Mercredi 26 août 2009
J'avais envie de vous conter une anecdote qui m'est arrivée il y a quelques temps...

Je tenais les vestiaires d'une soirée féticho-libertine de notre capitale. J'aime cela, travailler au vestiaire ou au bar, je ne m'y ennuie jamais. Et le vestiaire permet d'observer ceux qui rentrent hardiment, déjà vêtus, le pas conquérant, qui se saluent comme font ceux qui se sentent chez eux (observer les rimes internes :)), ceux qui se changent presque honteusement, très gênés, devant moi - la configuration des lieux me donnant une vue plongeante sur l'endroit où l'on peut procéder à sa transformation, ceux qui s'ennuient, ceux qui ont envie de causer (très nombreux, ceux-là).

C'est ainsi que j'ai rencontré A. A est rentré avec une chemise saumon et un pantalon anthracite de bureau, avec un sac à dos de sport beige est passé droit devant moi. Il avait l'air affolé, comme un lapin pris dans les phares d'une voiture. Il a foncé vers l'escalier de la salle du bas qui fait office de piste de danse et de donjon... Ma collègue physio et caissière est venue me demander si j'avais vu passer un type qui avait l'air égaré, et pas vraiment sapé comme il fallait (dresscode oblige...)... Je lui ai indiqué la direction qu'avait pris le coupable, qu'elle a très vite ramené avec l'expression d'une maîtresse d'école amusée qui garde son sérieux pour marquer le coup, et lui l'air d'un écolier pris en faute... Elle me l'a confiée, et lui a dit "le vestiaire, c'est là! La dame, elle va te surveiller, pour que tu te changes comme il faut!"
Je l'ai regardé... "Bonsoir madame" a-t-il balbutié... Il était timide, il était maladroit, c'était sa première soirée, il était tellement émotionné et si... myope qu'il avait raté le vestiaire... La petite quarantaine, bien entretenu physiquement (j'ai pu constater cela pendant qu'il se changeait), blond. Il a fini en catsuit de vinyle... et il était tout rouge de voir que mon visage à moi marquait la plus franche hilarité en le regardant faire ses petits préparatifs...

Ce garçon m'amusait franchement, et physiquement n'était pas désagréable... Il m'a offert ce soir là un nombre incalculable de boissons, de cigarettes, une rose fraîche (je me demande encore où il a pu trouver cette fleur?), une bougie, un briquet... Nous avons fini par discuter sur les raisons de sa venue en soirée: il m'a expliqué que, marié depuis 23 ans, il s'était échappé ce soir là pour assouvir sa curiosité, et pour "se retrouver enfin dans l'univers qui le hantait." (je le cite)

Il était malheureux, mais déterminé. Il m'a émue ce soir là. Il voulait juste parler, enfin parler, se vider de son secret si longtemps contenu...

J'ai donc rencontré ce jeune quarantenaire prisonnier de sa vie et de sa peur de vivre ce soir là, moi derrière mon vestiaire, lui planté devant moi comme un signal de détresse. Il me posait tant de questions, il semblait si avide de savoir , d'intégrer ce monde qui le fascinait tant que sans arrières pensées, j'ai fini par lui donner mon numéro de téléphone, pour que nous puissions en parler sans être dérangés.

Il m'a rappelé quelques jours après, et autour d'une bonne table il m'a tout expliqué, avec ses bons yeux doux et son air si gentil: ses pulsions masochistes, ses problèmes sexuels avec sa femme,car il ne désirait plus de la même manière qu'elle, le rejet qu'elle avait de lui à cause de cela, ses complexes face à sa sexualité alternative, sa peur d'être fou...J'avais beaucoup de compassion à entendre cela, mais à ma compassion se mêlait une grande envie de l'initier, puis un grand désir de le dominer quand il m'a expliqué ses fantasmes...

La relation amicale a commencé à se teindre d'une tension sensuelle. J'ai commencé à devenir froide, le son de ma voix plus métallique, mes yeux plus durs, mon attitude plus figée. Il l'a senti...Il s'est tu. Il a recommencé à me vouvoyer_nous étions vite passés au tutoiement, car nous parlions de choses intimes_ et inconsciemment à éviter de me dévisager.

Je suis partie en lui disant de se libérer le vendredi soir de la semaine prochaine.

Je l'ai mailé la veille en lui donnant des indications précises sur ce que j'attendais de lui: sa vêture, sa posture, son "code de sécurité" (mot d'arrêt d'urgence). Il m'a répondu en me disant qu'il me remerciait de ce rendez vous, qu'il l'attendait avec impatience, mais que surtout il avait parlé à sa femme de moi et de ses pulsions, et de tout son mal être. J'ai apprécié sa franchise et son courage. Je lui avais donné ce conseil tout en sachant que c'était quelque chose de difficile à dire.
J'attendais donc moi aussi ce rendez vous, très anxieuse de lui faire vivre quelque chose d'unique_ un peu comme sa première fois, finalement_ et repassant dans ma tête toutes les choses que j'aimais et que je savais faire, espérant surtout ne pas le dégouter et l'effrayer....

Il était parfaitement silencieux, la tête baissée, et enfin chez moi.

La consigne était de se laisser faire, et de ne rien dire, vu que c'était sa première fois...Je tremblais d'émotion, le temps passait, quelques secondes, avant que je ne lance:

"Déshabille toi!"

Lui si gauche et si timide à nos deux premières entrevues se mit à ôter ses vêtements souplement_j'avais dit vêtements larges pour ne pas marquer la peau, car c'était moi qui allait le faire_et dans son obéissance silencieuse devenait terriblement séduisant...

Sur le sol j'avais posé un miroir et sur cette glace une bougie veilleuse... je le fis accroupir, par gestes, et lui donnait un rasoir et de la mousse....il a d'abord refusé en secouant la tête, et j'ai fait claqué ma cravache à quelque centimètres de son visage...je ne frappe pas souvent. Les rares coups que je donne sont enrobés de caresses...(nous y reviendrons....) Il ne pouvait ni s'assoir, ni reculer, ayant la chauffeuse sous les fesses, et du se raser le torse puis les parties intimes.

Une fois vraiment glabre, je l'expédiais prendre une douche glacée. Il poussa un cri, saisi par le froid...et je lui fis signe de sortir, et pour prix de son cri je lui cinglais l'arrière train...

Retour sur le tapis de mon salon...il s'allonge,je l'attache les quatre membres aux pieds des meubles, il est beau et harmonieux...je regarde notre reflet dans le miroir, je suis blanche et noire, et droite et corsetée...joli contraste avec son corps nu qui rosit de froid et d'émotion...je le force à regarder, comme au début, dans les miroirs...

je l'enduis de cire, en commençant par la poitrine fraichement rasée et un peu irritée par les pinces que je lui avais posé juste avant la douche...j'y ai mis des heures,le roulant littéralement sous le feu des bougies, le transformant en sculpture de cire géante, appréciant les coulées, appréciant aussi de voir son désir qui craquait les couches blanches superposées de bougies...j'ai laissé couler le liquide chaud et blanc sur son sexe, je regardais son désir que je réprimais d'une claque gantée de velours...j'alternais avec des glaçons que je laissais fondre dans son nombril,dans son anus, dans sa bouche désormais muette...

Il haletait, il ressemblait à une statue de marbre, il avait une érection qui me tétanisait...j'étais trempée de voir mon pouvoir agir, j'étais émerveillée du désir que je suscitais...

Il a rompu le silence...Il m'a dit: "s'il vous plait...maintenant..."

on s'est compris tacitement...je l'ai détaché, lui ai mis ma cravache dans la bouche pour qu'il me la tienne...il s'est mis à quatre pattes, tout recouvert de bougies et de glace fondue...j'ai pris une très élégante boule vibrante,pu sentir sa chaleur interne ainsi que le froid plus lointain du gros glaçon que j'avais placé, je l'ai caressé, en tournant autour de lui, de mes gants de velours et de ma cravache de cuir....je lui ai fait compter les coups, très espacés de mille caresses,avec des fréquences très aléatoires, beaucoup plus cinglants ainsi...

Il m'a regardée, il voulait jouir, moi je perdais contenance...mes jambes hautes chaussées tremblaient d'émotion... je me suis assise devant lui, il me regardait toujours,les yeux à hauteur de mon entrecuisse, j'ai ôté mon string d'un coup, je l'ai glissé dans sa bouche, j'ai attrapé ses cheveux, collé sa tête sur mes genoux,le nez contre mon sexe à travers ma robe de satin et de dentelle,et je l'ai laissé se masturber, tout en regardant toujours dans le grand miroir, Pieta perverse et fantasmatique, homme nu,rouge et marqué et femme blanche, impeccable et correctement vêtue que seul son souffle trahit...

Il a joui longuement, presque douloureusement sur mes bottes. Il n'a pas voulu lêcher, mais je m'en moquais. Il a essuyé de sa chemise...

Et je l'ai très chastement embrassé sur le front.
Un geste gentil et tendre, parce c'est ce que j'éprouvais.

Je lui ai offert du vin, nous avons passé le reste de la nuit à discuter. Il est parti le matin, je me suis endormie...

Deux semaines après, je trouvais un mail dans ma boite de réception..."Ma femme a vu mes bleus, elle a aimé, elle veut faire cela avec moi,on en a parlé très longtemps ces derniers jours, je n'ai plus peur d'être soumis. Je suis libre, je ne suis pas fou...merci"

L'épilogue de cette histoire est plutôt décevant. Cela s'est arrêté entre nous à cette unique fois car j'aurais bien continué, mais par la suite, par échange de mail, j'ai appris que sa femme se montrait maladivement jalouse, et m'avait même accusée de l'appeler , elle, sur son portable...j'ai été très vexée, moi qui avait encouragé A. de la prévenir de mon existence et de lui parler de ses pratiques...moi qui pensait qu'une femme est la meilleure des amies pour un homme!

Le dernier message que j'ai reçu de A. était un mail de regrets, il aurait voulu continuer en cachette _ mais j'étais échaudée par sa femme et je n'aime pas l'adultère _ ainsi que de remerciements, car j'ai contribué à sauver son couple, bien malgré moi, en déclenchant l'ire,le désir et la jalousie de sa femme...

Je lui souhaite beaucoup de bonheur, sincèrement, et je me souviendrais longtemps de ses yeux enfiévrés de douleur et de désir,qui me regardaient dans un miroir, et de sa joue douce posée contre ma cuisse...
Par gwennlorel - Publié dans : encredelune
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