C'était il y a 10 ans.
Il me regardait depuis que j'étais rentrée dans le magasin de chaussures. C'était le vendeur, ou le propriétaire. Pas de bonjour. Je devais l’ennuyer, à dix minutes de la fermeture, avec mon air de
traînarde adolescente sans le sou… Un regard très rapide sur mon physique, un rictus méprisant sur mes docks Martens... J'avais repéré une paire de chaussures à talons dans sa vitrine, des
stilettos plus exactement, complètement extrêmes et complètement importables, et je les voulais... Sans avoir aucune raison de les porter, dans ma chambre d’étudiante de quartier pauvre de Paris,
dans les rues de Barbès... aucune soirée fétish, je ne savais même pas que cela existait. Des escarpins argentés à talon aiguille de métal, avec une cambrure impressionnante, et des lanières...
L’instinct sans doute, une sorte de rêve prémonitoire qui se cristallisait dans ces chaussures...
Il m’a demandé ma pointure, d’un air dédaigneux. Il est parti me les chercher pendant que je me déchaussais.Et puis quand il est revenu, la boite à la main, son regard a changé. Il regardait mes
pieds.L’un soigneusement bandé, avec juste les orteils vernis en nacre rose qui dépassent. L’autre blanc et fin, avec les doigts peints en violet…avec des collants transparents par-dessus la
chair.
Il a vu que j’étais blessée par une maladie incurable, et pourtant ne paraissait pas dégoûté. Nous étions seuls. Il a commencé à se mettre à genou, et à poser mes pieds sur ses cuisses. Je ne
comprenais pas ce qu’il faisait. Mais je le laissais faire, car étant habituée aux saloperies des hommes, encore vierge et les fuyant comme la peste,je n'identifiais pas de danger pour mon pucelage
cette fois là.
Il a commencé à me masser le pied sain, tout en saisissant de l’autre main le pied malade...J’ai sursauté, je suis normalement chatouilleuse à cet endroit...Un picotement est monté, puis un long
frisson, et puis après, très vite, j’ai largué les amarres, gentil capitaine perdu en haute mer, voguant parmi les sirènes, je suis partie je ne sais ou, et je me suis mise à gémir, avec un pied
devenu sexe, des orteils devenus multiples clitoris, et mon autre pied frottant une bosse dure ,jusqu’à la tension, jusqu’au souffle coupé, jusqu’à l’oubli de soi, jusqu’à l’orgasme...Pour les
deux…
Je suis partie trempée et hagarde, sans dire au revoir, sans me retourner, et sans acheter les chaussures...Il était vieux , laid et désagréable cet amateur de pieds d’étudiante.Et j’avais un peu
honte malgré ma merveilleuse découverte...Malgré mon envie de recommencer désormais régulièrement assouvie!
Et j’ai su ce jour là que si mon amour des chaussures valait bien celui de la lingerie, c’était aussi parce que je jouissais par là!