Mardi 12 septembre 2006 2 12 09 2006 21:52

 

Je me rappelle que mon monde originel était constitué de sensations riches et rassurantes. J’ouvrais grands mes yeux sur les vitraux de chair qui m’entouraient, laissant filtrer une chaude lumière rouge. Je flottais, mon cœur battant en symbiose parfaite avec le rythme maternel au-dessus de moi. Je touchais mains écartées comme une aveugle les parois tièdes de mon cocon, je goûtais le liquide orangé qui m’emplissait les poumons.

 Une chenille ne donne pas toujours un beau papillon, surtout quand la chrysalide elle-même refuse l’anamorphose….

 En l’occurrence ma naissance, grande violence, fit de moi un papillon de nuit.

 Un papillon attiré par la lumière mais qui se brûle les ailes à la lampe qui le séduit…

Une luciole suicidaire amante du braisier qui la tue à petit feu.

Une enfant qui luttait pour ne pas naître, ne pas sortir de la matrice devenue broyeuse, gueule de serpent musculeuse.

Ne pas naître ne pas respirer ne pas ouvrir les yeux et refuser le premier souffle.

Je vins au monde comme tous les enfants, dans l’odeur et la texture du sang, mais j’en gardais une impression si marquante que tous les moments d’angoisse de ma vie allaient se caractériser par une volonté de retour dans l’utérus.

 A 27 ans je passe la moitié de mes journées recroquevillée dans un bain tiède, et cela fait bien longtemps que mes paroles se sont taries.

 Cliniquement je ne suis pas folle : je suis simplement têtue et j’ai décidé un beau jour d’arrêter de parler. La recette était la suivante : Prenez de la pure curiosité un peu de mépris un soupçon de désespoir et mélangez. Vous obtiendrez quelque chose d’informe et d’assez peu digeste les premiers temps, ça picote la langue et ça gratte au fond de la gorge, la voix furieuse griffe les parois du puits et essaie de s’échapper ; et puis on s’habitue, la voix s’apprivoise et s’endort au fond de soi, elle murmure simplement dans la tête et s’entend par la plume. Je finis par lui faire un peu plus confiance, elle n’essaie plus comme au début de s’échapper par mes rêves, sauvage et libre elle jaillissait du fond de ma poitrine.

 Je l’aime bien, ce n’est pas elle que je punis, ce sont les mots…

 Les mots furent ma musique personnelle, ma première fascination avant même que je ne comprenne leur sens, les doux murmures des adultes penchés sur mon corps frissonnant et neuf, la voix de ma mère me plongeant dans le ravissement et le sommeil.

 

 

 

 

 

Par gwennlorel - Publié dans : encredelune
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