Il faisait chaud, tu n’étais pas venu m’accompagner à cette soirée...
Nerveux comme deux fauves nous avions préféré prendre l’air loin l’un de l’autre pour la nuit…
Histoire de mieux nous retrouver par la suite.
Chez les lions ce sont les lionnes qui chassent…Le saviez vous ?
Revêtue de mes dentelles toxiques et de mes corsets habituels, je m’étais aventurée dans une soirée à mi chemin entre le mondain décadent et le tourisme en pays gothique….promenant mes yeux, sans but aucun…
Et puis je l’ai vue, pour parodier Flaubert…
Elle était pâle et brune, aussi pâle que moi, mais ses cheveux noirs rendaient éclatante cette blancheur virginale.Je pensais curieusement à Lui, je me demandais comment Lui la trouverait…Nous avons souvent les mêmes goûts….
Elle était fluette et paumée visiblement, dans son chemisier blanc fort candide et très déplacé en ces lieux….
Mon air innocent et gentil la firent venir vers moi, et nous parlâmes vaguement, d’un ton ennuyé, elle d’amis qui l’avaient abandonnée dans un univers qu’elle ne connaissait pas, moi de mon ennui tout court qui me fait venir en soirée puis me donne l’ordre de partir très vite…
La discussion tourna aux chiffons, et je lui proposais de venir essayer des vêtements chez moi, notant ses yeux glissant des globes de mon buste au corset qui les renfermaient…
Nous bûmes ensemble, et une fois grise ses intentions plus claires qu’elle révélaient à mon égard me donnèrent des idées…
Son regard un peu vide dénotaient un caprice pour sa proie qui en fait se révèlerait être son prédateur , de la curiosité à la fois perverse et enfantine de toucher une femme et ses atours, et un évident saphisme non satisfait jusqu’à présent…
Son regard de puits insondable me plaisait, car je n’y voyais aucun calcul, et je me réjouissais à l’avance de l’inversion des rôles qu’elle ne pouvait guère soupçonner….
Qu’était elle venue chercher là ? Un dérivatif à son ennui ? Une amie ? Je n’en avais cure alors que je la regardais à la dérobée dans le taxi…
Sa bouche était plus expressive que son regard, son cou était long et ses mains fines…C’était un cygne immaculé et stupide me gaussais je intérieurement.
Stupide ou pas, elle était d’une rare beauté avec ses yeux noirs et la finesse de ses mains.
Le taxi sommé d’attendre, une fois dans l’immeuble, je l’ai surprise dès l’ascenseur, car calme jusqu’à présent, je lui saisis brusquement la nuque presque à lui faire mal et appuyait ainsi jusqu’à chez moi…
Je l’ai dévêtue sans la regarder, sans mot dire.
Nous la regarderons plus tard…._ensemble_.
Elle en poussa un cri de contrariété car loin de l’allonger je la fis se tenir debout face à un miroir…
Elle paraissait aussi déçue qu’intriguée de ma froideur car quand sa bouche s’approchait, je l’écartais avec agacement…elle cherchait à me faire céder et la séance d’habillage qui suivit celle assez docile (et pour cause) de déshabillage fut épuisante et agaçante…
Ses « aie » et ses « ouille » lui valurent des coups d’épingle à moitié (à moitié seulement) involontaires de ma part et un serrage un peu trop marqué du corset…
J’ »emballais mon cadeau », la rendant suffocante et appétissante, comme une araignée enroule sa proie dans de la soie…elle ne comprenait toujours pas.
Je la fis boire encore, un vin capiteux comme son sang qui perlait encore des petites écorchures et piqûres que je lui avais fait pendant qu’elle se débattait…Par jeu ? Par peur ? Par gêne ?elle ne me répondit même pas, ce qui m’aiguillonna encore plus….
Je me retins de recommencer, de la mordre, de la marquer, car je la voulais intacte dans sa tenue de poupée victorienne….elle était à présent sublime, ses cheveux brillants comme une aile de corbeau, ses yeux noirs profondément ombrés, sa bouche rouge et taillée comme un rubis, sa taille et ses seins moulées par le busc et ses pas entravés par des bottes aussi belles que trop hautes….
Elle menaçait de ne plus trouver drôle le jeu et se montrait fort hésitante quand je la remis dans le taxi….
Pour m’assurer qu’elle ne fuirait pas,en dépit de ses chaussures qui lui donnait une démarche de biche réellement chassée désormais,je lui mis une laisse facile à faire passer pour un bijou tant elle était fine et travaillée mais aussi solide qu’une chaîne….
Pour faire cesser ses protestations naissantes qui auraient renforcée la méfiance déjà naissante de notre chauffeur ,je l’embrassais profondément dans l’obscurité,tout le temps que dura le trajet mes lèvres soudées aux siennes la firent taire.
Je la tirais puis la poussais dans le couloir, provoquent un nouveau débat simulé cette fois-ci de sa part, prétexte à un semi-ébat de la mienne ou je promenais mes mains sur elle, grisée par l’odeur familière des vêtements que je lui avais « prêtés « mêlée à la fragrance de l’étrangère, grisée par son air interloqué et bien curieux tout de même, grisée par sa peau douce et mon propre désir encore frustré, mais surtout excitée à l’avance par sa réaction à Lui….
Il dormait….Comme d’habitude légèrement, puisque le claquement de nos très hauts talons et le cliquetis léger de la chaîne le firent se redresser immédiatement….Ses yeux d'or s'entrouvrirent,il s’étira, et nous regarda, surpris puis un sourire se dessina….
Il la vit, ravie de la surprise que je lui faisais à elle aussi, admirative devant sa beauté à Lui (j’aime que les autres femmes l’admirent) toute blanche et toute rose, son sein blessé ou le rouge contrastait violemment….
Il me vit, toute fière , moi la lionne ,la chatte amoureuse qui avait ramenée la gazelle,la colombe à peine blessée,s’étant retenu à mort de goûter à la proie que nous allions enfin partager…comme tout ce que nous partageons…
Le reste ne vous regarde pas…