Une nuit noire à l’aube obscure des temps
Une nuit si chaude et sans étoiles au firmament
Et pourtant si froide pour les habitants
D’une grotte encore plus sombre que la savane environnant

Ils sont six. Hommes femmes et enfants
Six parcelles d’humanité perdues dans le néant
Ils sont pleurs sueurs peur gémissements
Les yeux écarquillés sur les ténèbres béants.

Perdus sans dieu. Perdus sans feu

L’orage lointain gronde sourdement
Comme 100 000 lions menaçants
Et la chape du ciel rend rapidement
Leur refuge ventre de la terre encore plus pesant.

La plus vieille femme, parcheminée, sanglote doucement
Son fils est parti au soir tombant
Ses yeux desséchés ont beau scruté longuement
Elle ne voit rien devant elle qu’un noir océan

Perdus sans dieu. Perdus sans feu.

Il fait si chaud et il ont si froid pourtant
Serrés les uns aux autres, masse humaine misérable et pleurant !
Ils pleurent leur ignorance sans notion du temps
Soumis à la nature et à ses caprices changeants

Un orage éclate, un éclair déchire, sanglant trident.
La peur rampante jaillit en eux en un cri déchirant
Et la vieille femme entonne la mélopée des morts, en chevrotant
ET la petite fille, voix grêle encore, la reprend…

Perdus sans dieu. Perdus sans feu.

Leurs voix angoissées s’élèvent alors ! Un chant !
Et appellent au refuge de pierre l’aventureux enfant
L’amour encore inexprimé en eux y est si présent
Si primal la famille, les liens de sang…

La lande en contrebas, la fournaise l’asséchant,
A pris feu sous l’assaut des éclairs la lacérant.
Leur île granitique est entourée de flots ardents
En naufragés plus qu’en marins, ils regardent, impuissants…

Perdus sans dieu. Perdus sans feu.

L’incendie leur blesse les yeux de ses rougeoiements
Ils respirent frémissants les cendres, en étouffant,
Et aucune explication ne soulage leur dénuement
Dans un cerveau ou l’esprit de l’instinct vient émergeant

Le spectacle magnifique et terrible les rend frissonnants
Et quand la pluie sur la terre dévastée se met à tomber à torrents
Ne leur reste qu’un incompréhensible soulagement
Ne leur reste que le deuil de l’être manquant

Perdus sans dieu. Perdus sans feu.

Une lueur surnage et se déplace doucement
Une chose orangée qui va se rapprochant
Un vestige de l’enfer dont ils sont les survivants
Escalade la pente de leur refuge, et les surprend

Car cet être noir et rouge , puant la chair roussie et fumant
Souriant de tout son visage brûlé hideusement
Vient à leur tendre le trophée le plus étonnant
Une fleur de foudre qui se tord furieusement…

Perdus sans dieu. Perdus sans feu.

Ils se jettent tous à genoux devant ce dieu
Ne voyant que la flamme aveuglant leur yeux
Ils pensent que l’apocalypse vient à eux
Et l’implorent de ne prendre que les vieux…

On entendit alors un cri joyeux
La créature était l’enfant aventureux
Il revenait homme d’un enfer de feu
Et leur apportait la lumière, et comme vœu

D’avoir trouvé le feu
D’avoir créé les dieux.

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