Sources:
tradition orale médiévale, retranscrite par Perrault puis Grimm . Et Merci à la Psychanalyse des Contes de fées
de Bruno Bettelheim.

Depuis qu'elle avait 8 ans, le petit chaperon rouge devait être sage, promettre de se méfier des inconnus et aller amener une fois par semaine des victuailles à sa grand-mère dans une maisonnette isolée à l'autre bout de la forêt.

Mais le chaperon rouge, qui n'était plus une enfant, bien qu’adorant sa grand mère, se révoltait un peu contre ce rituel vieux déjà d'une décennie, car elle trouvait que son accoutrement mignon sur une fillette devenait trop court voire embarrassant sur une jeune fille de 18 ans. La chemise à lanières s'ouvrait sur sa poitrine tendue, sa jupe ne lui arrivait plus qu'à mi cuisse, et la cape écarlate était plus voyante qu'autre chose...Les chasseurs avinés qui sentaient le sang froid et la mort la sifflaient à l’entrée de la forêt, lui faisaient des gestes obscènes en vidant des lapins, et lui conseillaient lourdement de l’accompagner car elle n’avait jamais « vu le loup ».

La seule raison pour laquelle elle ne se révoltait pas était que dans la forêt ses sens étouffés dans sa famille étaient libérés dans la pénombre, où elle entendait en automne le brâme des cerfs en rut, où cette fois elle vit deux renards s'accoupler, flammes entremêlées et glapissements qui la rendirent heureuse pour eux, faisant corps avec la nature, et étrangement moite...Elle ne savait pourquoi mais elle espérait une rencontre toutes les semaines dans ces chemins de futaies bordées de ronces...

Rêveries de vierge, floues, à la sensualité vague, animale mais puissante...

Elle aimait flâner, se dévêtir, chanter des chansons paillardes ou romantiques, danser en se frottant sur un arbre, parfois se regarder uriner dans un éclat de soleil et de rire dans une clairière, et elle rêvait qu'on la regardait, qu'on la suivait, sans bruits...

Un jour qu'elle sifflait à l'intention d'un roitelet dont elle observait les tentatives de séduction sur une jolie petite femelle, elle tomba au détour du chemin bien connu sur une magnifique créature.

Le loup, car c’en était un, avait de superbes yeux verts clairs, un poil noir et luisant, et des dents blanches et bien plantées. Il était campé là, au milieu du chemin, et il lui souriait… Il la regardait d’une manière si intense que ses émois lui firent comme un second cœur au bas-ventre…

«Belle demoiselle ou vas-tu si lentement ? Lui dit-il d’une voix grave et étonnamment musicale.
-Je vais porter un panier de victuailles à ma grand-mère qui habite le chalet forestier très isolé.
-Puis je t’accompagner ? Peux on parler, se revoir ?
-Non je n’ai pas le droit de parler aux inconnus »
lui répondit-elle automatiquement, frustrée et terriblement excitée de cette rencontre, mais conditionnée depuis sa plus tendre enfance à rétorquer cela…

Mais le chaperon, inconsciemment ou non, avait donné la réponse que le loup attendait, car il connaissait beaucoup mieux qu’elle la forêt… A toutes jambes il prit un raccourci et arriva bien avant elle dans la maison de la grand-mère, qu’il trouva endormie, car la pauvre vieille était si gâteuse qu’elle aurait du être à la maison de retraite plutôt que toute seule dans cette maison. Il la glissa dans un rocking-chair, lui ôta ses bas de contention, sa ceinture et son ruban, sans la réveiller, mit son bonnet, et se fourra nu dans les draps…Pour prouver ses bonnes intentions, et qu’il était sans danger pour la belle, il fit des nœuds coulants avec les bas, la ceinture et le ruban, aux quatre montants du lit, passa ses membres dedans, et s’attacha ainsi, écartelé et patient….

Le chaperon très troublée par son aventure ne remarqua pas la porte entrouverte et rentra dans la chambre sombre immédiatement, habituée qu’elle était à sa mamie impotente qui restait toujours alitée et qui ne supportait plus la lumière. Elle embrasse l’aïeule plus râpeuse et moustachue que d’habitude, et voulut la serrer contre elle…Sauf que la peau froide et rugueuse de la vieillarde était changée en chair très chaude et velue, sauf que son souffle faible et régulier s'était mué en un râle puissant et saccadé, plein de désirs…sauf que la langue qui lui léchait l’oreille et les crocs qui lui mordillaient le cou n’étaient pas la caresse innocente d’une grand-mère à sa petite fille….

Effrayée, elle fit un bond en arrière, découvrit sa grand-mère confortablement assoupie dans un coin derrière elle, (le loup était un parfait gentleman) et réprima son intention de hurler…

Puis elle s’avança de nouveau, arracha le drap, et admira le lycanthrope nu, en érection, une énorme érection, émouvante et belle dans sa crudité, complètement à sa merci, la couvant d’un regard brûlant de désir et d’amour…

C’est elle qui posséda le loup,le prenant longuement, révélant son désir, sa sauvagerie de petit lutin trop longtemps comprimé sous son bonnet, ce loup qui se laissait lécher, tirer la fourrure, avaler, mordre, griffer, chevaucher, étouffer, comme une peluche bestiale à apprivoiser… Ce loup qui ne demandait qu’à devenir un chien magnifique et bien éduqué…

L'ancêtre, complètement éveillée par les mouvements et les bruits animaux, ne survécut pas du tout au spectacle rouge, blanc et noir du corps immaculé et arcbouté de la jouvencelle déchainée sur le corps compact et brun du fauve…ne supporta pas les râles de plaisir des deux amants si dissemblables….
Elle en fit une syncope et mourut.

Comme la petite s’était toujours bien occupée d’elle, elle lui avait léguée sa maison à sa toute récente majorité…Le loup y fut gardé captif bienheureux par notre chaperon, qui vécut avec lui et l’aimât à sa manière sauvageonne et possessive, et qui de temps en temps, allait gambader nue dans la forêt avec lui, pour faire l'appât, pour chasser en sa compagnie, et pour lui ramener des chasseurs à éventrer, des petits poucets à dévorer, car après tout, il restait un loup de conte de fées….

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